NOTRE HISTOIRE
NOTRE HISTOIRE

Le “Petit Versailles Gascon” : l’Abbaye, un condensé d’histoire de l’art !
Aux portes de la Bigorre, l’Abbaye de Saint-Sever-de-Rustan, classée Monument historique, est un joyau bénédictin de 1000 ans d’âge, témoin de siècles d’histoire et de transformations architecturales allant du roman au classicisme. Les premiers écrits remontant au XIe siècle témoignent de ses multiples vies, accueillant moines, aristocrates, ou encore écoliers.
CHRONOLOGIE
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1022
Première mention historique : l’abbaye bénédictine (suivant la Règle de saint Benoît) “mère” d’une nouvelle abbaye à Saint-Pé-de-Générès (aujourd’hui Saint-Pé-de-Bigorre).
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1297
Paréage (partage des droits seigneuriaux) entre l’abbaye et le roi Philippe-le-Bel et structuration de la “Ville” de Saint-Sever-de-Rustan.
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1573
Guerres de Religion entre catholiques et protestants. Pillage et destruction par les Huguenots du capitaine Lizier et reconstruction avec transfert partiel du cloître du monastère des Carmes de Trie-sur-Baïse.
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1646
Reprise de l’Abbaye par l’ordre des bénédictins de Saint-Maur (les mauristes). XVIIIe siècle : Reconstruction fastueuse des bâtiments monastiques (“Versailles en Gascogne”).
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1791 – 96
Vente du domaine monastique comme bien national (principal acquéreur Pierre de Mérens, magistrat).
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1815
Enlèvement de l’orgue de Dom Bedos et “campagne de Saint-Sever-de-Rustan » : transfert à l’église Saint Jean de Tarbes sous protection armée contre les Rustanais spoliés.
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1886 – 89
Saisie de tous les biens Mérens par le Crédit foncier, créancier et vente des bâtiments à la commune (qui y établira école, mairie et bureau de poste).
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1890
Vente et transfert du cloître au Jardin Massey à Tarbes.
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1914
Classement partiel des bâtiments au titre des “Monuments historiques”.
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1941
Effondrement du toit de l’Aile-aux-Moines.
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1970
Création de l’association des “Amis de Saint-Sever-de-Rustan » qui achètera l’Aile-aux-Moines et l’aile est en 1989-1990 et restauration à partir de 1991.
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2010
Le Département des Hautes-Pyrénées devient propriétaire de l’Abbaye.
HISTOIRE DE L’ABBAYE
Fin du VIe siècle
Grégoire de Tours, dans son ouvrage A la Gloire des Confesseurs, évoque un pieux personnage nommé Sever, ayant fondé deux églises à la frontière de la Bigorre ; l’une serait à Saint-Justin (Gers) et l’autre à Saint-Sever, nommée alors Albiciacum.
Sever pourrait être le propriétaire de deux villae antiques hébergeant ces églises. Devenu prêtre, il y mène une vie exemplaire.
Chaque dimanche, il fait le chemin reliant les deux églises. C’est à cette occasion que, frappé par une branche de néflier, il maudit l’arbre qui dépérit.
Au passage suivant, pris de remords, il prie et le néflier revit. Ainsi, Sever est associé à la renaissance de la Nature et à la fertilité. Des fleurs placées sur son tombeau refleurissaient chaque année le jour d’anniversaire de sa mort.
Cette réputation de sainteté et de miracles fonde probablement un culte autour du tombeau de Sever qui serait à l’origine de l’Abbaye, confiée à des moines bénédictins.
L’Abbaye est placée à la frontière entre les Cités d’Auch et de Tarbes, devenues Comté de Bigorre et de Pardiac et évêchés de Tarbes et Auch. L’aura de son fondateur en fait un lieu-clef, gardant et défendant spirituellement les limites politiques et religieuses.

XIe-XIIe siècles
La première mention de l’Abbaye remonte au début du XIe siècle, sans doute à 1022. Cette année-là, Sanche Guillaume, duc de Gascogne, fonde une Abbaye à Saint-Pé-de-Générès (aujourd’hui Saint-Pé-de-Bigorre). Il confie ce nouvel établissement à un abbé, Arsius, venu de Saint-Sever avec quelques moines.
Dans les années 1080, l’Abbaye de Saint-Sever est réformée par son affiliation à celle de Saint-Victor de Marseille, dépendance de Cluny.
L’église abbatiale est reconstruite et agrandie dans le style roman au XIe siècle. Au siècle suivant, de grands travaux d’embellissement dotent l’édifice d’un portail et de chapiteaux de grande qualité dont les sculptures s’inscrivent dans le courant des églises de pèlerinage, comme Saint-Sernin de Toulouse et Saint-Jacques de Compostelle.
XIIIe-XVe siècles
L’Abbaye continue de prospérer, mais commence à faire face à des défis internes et externes, notamment des conflits politiques (guerre de Cent Ans) et des tensions religieuses entre les moines et avec l’abbé. Malgré tout, une partie des bâtiments : chœur de l’église, cloître… est reconstruite.
XVIe siècle
Le déclin de l’Abbaye commence, notamment à cause de la mise en commende (l’abbé ne réside plus sur place et capte une part importante des revenus à son profit). Les difficultés de l’Abbaye culminent au moment des guerres de Religion. En 1573, le bourg et le monastère de Saint-Sever sont pris, pillés et incendiés par des troupes protestantes. Les reliques de Saint-Sever disparaissent. Les bâtiments monastiques sont restaurés ensuite mais certains de façon précaire.

XVIIe et XVIIIe siècles
L’Abbaye est en désordre : les lieux ne sont plus entretenus et les moines ne respectent plus la vie religieuse communautaire. L’abbé fait appel à une congrégation de moines réformés – les bénédictins de Saint-Maur, ou Mauristes – pour restaurer les lieux sur le plan spirituel et matériel.
Dès lors, l’Abbaye va retrouver une prospérité certaine et les Mauristes vont pouvoir réédifier avec faste la quasi-totalité du monastère dans les styles baroque et classique. Ces bâtiments valent au lieu le surnom de « Versailles gascon ». Cette imposante présence monastique est source de nombreux conflits et procès entre le religieux et la communauté des habitants.
1791 – Révolution française : Les ordres religieux sont supprimés, l’Abbaye est fermée, et les moines sont dispersés. Les biens de l’Abbaye sont saisis en tant que biens nationaux. L’Abbaye est vendue et acquise par une famille de notables de Saint-Sever, les Mérens.
XIXe siècle
La Révolution a eu aussi pour effet la dispersion du mobilier. Dans les années 1810, le préfet réquisitionne les orgues de l’église qui sont enlevés par des soldats et remontées à l’église Saint-Jean de Tarbes (elles sont depuis à Castelnau-Magnoac).
L’Abbaye est devenue le château Mérens mais les biens de cette famille, ruinée, sont saisis et vendus dans les années 1890. La municipalité de Saint-Sever acquiert l’ancienne Abbaye pour y installer la mairie, les écoles des filles et des garçons et, plus tard, le bureau de poste. Les bâtiments non utilisés pour ces usages sont détruits ou revendus à des particuliers pour un usage essentiellement agricole.


XXe siècle
En 1914, l’église, la sacristie et une partie des bâtiments monastiques sont classés Monument Historique en raison de leur importance historique et architecturale. Mais la Première Guerre mondiale reporte les travaux de restauration.
A partir des années 1960, des habitants, érudits et enseignants tarbais s’alarment de la ruine progressive d’une partie du site. Ils sont à l’origine de l’association Les Amis de Saint-Sever-de-Rustan qui relance l’intérêt pour l’Abbaye, le rachat et la restauration des bâtiments en main privée. Les protections Monument Historique sont complétées.
XXIe siècle
Au début des années 2000, la commune de Saint-Sever-de-Rustan accompagne la mise en place d’activités culturelles pour animer le site.
En 2010, le Département des Hautes-Pyrénées devient propriétaire de la plus grande partie des bâtiments et entreprend d’importants travaux de restauration ; il confie la valorisation du lieu à la Communauté de communes Adour-Madiran.
L’Abbaye de Saint-Sever-de-Rustan devient un site touristique et culturel important. Des événements, expositions et visites guidées sont organisés pour mettre en valeur le patrimoine historique du site.
En 2023, une convention est signée entre le Conseil départemental, la Communauté de communes et l’association Action Territoriale pour développer le site.

HISTOIRE DU VILLAGE
Le bourg de Saint-Sever-de-Rustan
Au cœur des Hautes-Pyrénées, Saint-Sever-de-Rustan apparaît idéalement placé entre Bigorre et Astarac au sein de la fertile vallée de l’Arros. Cette rivière est cependant connue pour la violence de ses crues. Le site de l’Abbaye est cependant établi en limite des zones inondées et il permettait aussi de contrôler un très ancien gué de la rivière auquel a succédé le pont médiéval à l’emplacement du pont actuel.
Autour de Saint-Sever, des vestiges et des outils préhistoriques ont été découverts, attestant une occupation humaine qui remonte à plusieurs milliers d’années.
Pour la période de l’Antiquité romaine, plusieurs sites sont connus aux alentours, ce sont des villae et une agglomération, implantés le long d’une voie de communication nord-sud.
A Saint-Sever, Abbaye et village ont vraisemblablement succédé à une villa antique, demeure de Sever qui, devenu prêtre, y bâtit une église.
A sa mort, le site devient un lieu de pèlerinage et un monastère confié à des moines bénédictins qui le dirigeront jusqu’à la Révolution.
Le bourg actuel existe peut-être déjà, sous le nom d’Albiciacum, à l’époque romane du fait de l’importance de l’Abbaye au XIIe siècle. Il faut cependant attendre 1297 pour en trouver mention dans les archives. Cette année-là, l’abbé de Saint-Sever signe un accord de paréage avec le sénéchal, représentant du roi de France.
Même si l’abbé doit partager une part de ses revenus avec le souverain, l’opération permet d’attirer des habitants et de structurer l’habitat et la campagne voisine.
Au centre du bourg, une place dotée d’une halle de bois et des couverts (les « embans ») abritant des boutiques le long de la rue principale, attestent du rôle économique de Saint-Sever.

Rapidement, le bourg est doté d’une enceinte de briques mesurant environ 350 mètres de long. Le rempart est surmonté d’un chemin de ronde et de hourds en bois et défendu par deux tours-portes aux extrémités de la rue longeant l’Abbaye jusqu’au pont. Deux faubourgs – les bastides Darré (de l’ouest) et Davan (de l’est) – viendront compléter l’habitat.
Des poternes fournissent des ouvertures supplémentaires vers l’extérieur mais l’ensemble est protégé par l’Arros et par des fossés.
En 1573, Saint-Sever est dévasté, pillé et incendié durant les guerres de Religion opposants catholiques et protestants. Au XVIIe siècle, l’enceinte abrite une soixantaine de maisons mais aussi de nombreux espaces vacants et des bâtiments ruinés. La plupart des constructions sont en brique et pans de bois ; les logis sont recouverts de tuile, les dépendances de chaume. La communauté est administrée par quatre consuls élus chaque année avec la validation des représentants de l’Abbaye qui sont coseigneurs avec le roi. Les années 1650 sont éprouvantes pour les habitants qui subissent passages de troupes, peste et famine.
Au XVIIIe siècle, le calme et une relative prospérité reviennent, permettant à quelques marchands et notables d’édifier des maisons en pierre. Les vieux remparts sont percés de fenêtres et les tours-portes tombent en ruine. C’est aussi un temps de confrontation entre les habitants et les moines qui ne cessent d’agrandir le monastère de façon fastueuse. Pour ce faire, ils investissent des terrains revendiqués par la communauté villageoise. L’occupation de l’église, à la fois abbatiale et paroissiale, devient source de conflits et procès.
La Révolution et le départ des moines y mettent fin. Saint-Sever est chef-lieu d’un éphémère canton puis d’une commune qui prend pleinement possession de l’église tandis que l’ancien monastère devient résidence de la famille Mérens.
En 1836, la population atteint son maximum démographique avec 523 habitants.
Quelques notables vivent encore sur place mais la population est composée essentiellement de paysans cultivant pommes de terre, vigne, châtaignes, céréales et élevant du bétail.
Quelques artisans et commerçants fournissent outils et accessoires de première nécessité pour les travaux de la terre. Les routes et bâtiments publics sont améliorés avec l’achat de l’ancienne Abbaye dans les années 1890. Les écoles et la mairie y trouvent place mais une grande partie des bâtiments est revendue ou détruite.
Au XXe siècle, la population décroît et le patrimoine de Saint-Sever tombe dans l’oubli et la ruine. En 1982, la commune ne compte plus que 119 habitants. Durant les dernières décennies écoulées, la commune se dynamise et attire de nouveaux habitants venus renforcés les rustanais plus anciens. Elle reçoit chaque année les nombreux visiteurs de son Abbaye et de son bourg médiéval.
